Ch 2. Frontières

 

1)   L’instauration des limites

 

Au départ, à la naissance, le vécu de l’enfant est constitué de perceptions indifférenciées. Le bébé ne se vit pas comme une personne délimitée. Son schéma corporel n’est pas encore constitué. Il voit une main, un pied, qui s’agitent au-dessus de lui lorsqu’il gigote ; un sein qui surgit du ciel pour venir le nourrir, etc. Il est traversé par les sensations et les émotions, sans pouvoir les distinguer comme siennes ; ce sont plutôt des sortes "d'objets bizarres", pour reprendre les mots de BION (psychanalyste anglais). Son psychisme non structuré se trouve immergé dans tout ce qui l’entoure. Comparant ceci aux vécus mystiques (se ressentir en tant que flux de vie indéfinie, relié à tout, non restreint à une forme individuelle spécifique) FREUD, dans sa correspondance avec Romain ROLLAND, a pu parler d’un « sentiment océanique »

  

C’est donc à partir de ce vécu primaire océanique que l’individualité va se construire, grâce à une série de délimitations de plus en plus précises. Nous allons passer progressivement du "Tout" indifférencié à "nous-même", individu particulier.

 

 

A)  l’empreinte

 

Une première définition basale sera celle de la spéciation : pouvoir se reconnaître comme étant un membre de l'espèce humaine, et non un animal ou un arbre. 

 

Cette identité ne se constitue pas d’office, et ne peut se réaliser que grâce à l’empreinte.

 

Konrad LORENZ nous est connu pour ses expériences à ce propos, plus particulièrement chez les oies. Il a déterminé qu’à une période précise de leur développement les oies fixent en elles l'image de l’animal qu’elles sont en train de suivre. Habituellement, elles talonnent leur mère, durant cette période sensible et elles photographient ainsi l’espèce dont elles font partie ; adultes, elles deviennent donc des oies, pures et dures, qui se comportent en tant que telles. Mais lorsqu'elles impriment en elles, lors de ce moment particulier, la forme de la personne qui les soigne, alors une fois adultes elles voudront bâtir leur vie avec… les êtres humains, et plus particulièrement celui ou celle qui leur a servi de parent. 

 

Dans ce même registre, et à l’inverse, on connaît certains cas célèbres d’enfants-loups. Elevés précocement par des animaux sauvages, ils se comportent comme leurs "parents adoptifs" et, quels que soient les efforts déployés plus tard pour leur apprendre, par exemple, le langage, on n'arrivera pas à les faire rejoindre l'espèce humaine. Ils sont définitivement dans une autre catégorie psychique.

 

Un psychanalyste renommé, R. SPITZ, a pu évaluer comment s'organise l'empreinte chez l'être humain : il faut que l'enfant perçoive et reconnaisse peu à peu une forme spécifique, celle du visage humain, pour pouvoir rentrer dans notre espèce. Cette expérience princeps se passe, d'après lui, aux alentours de l'âge de 3 mois.

 

Une fois franchi ce cap, le bébé s'est installé dans un premier espace délimité, celui de la communauté humaine. Clairement situé, n'ayant plus la possibilité de se vivre comme illimité, il a perdu en partie sa capacité à se relier à tout, mais il a gagné l'assurance d'être un humain.

 

Plus tard, nous resterons toujours sensibles à cette première forme dans laquelle nous nous sommes cristallisés. Le visage humain  nous touche, nous émeut. Il nous rappelle aussi, sans que nous le sachions consciemment, l'au-delà de son apparence : le vécu cosmique du sentiment océanique.

 

 

B)  La force du "Non"                                         

 

Au fil de son développement l'enfant va constituer de nouvelles frontières. 

 

Après la première borne entre l'humain et le non-humain, viendra la démarcation entre l'intime et l'étranger, entre le Moi et l'Autre. 

 

Ce qu'on appelle "l'angoisse du 8° mois" se manifeste chez l'enfant par un refus des gens non-familiers. Auparavant le bébé jouait et souriait à toute personne, mais le voici en train de détourner le regard et d'éviter le contact avec les étrangers à sa famille. Lorsqu'un inconnu s'approche trop, ou veut pénétrer la bulle intime de l'enfant, ce dernier manifeste peur et pleurs. Ainsi cette "angoisse du 8° mois" est plutôt une sorte de refus, de Non, de ligne frontalière que le petit s'efforce de créer ; l'angoisse ne survient que si cette limite n'est pas respectée.

 

Ce "Non" actif, qui ne peut pas encore prendre un aspect langagier, mais qui est manifesté par tout le corps de l'enfant, deviendra plus tard (aux alentours de l'âge de 15 à 18 mois) un refus verbal clamé à tout propos. Durant cette "phase du Non" le jeune expérimente de répondre systématiquement par la négative. Il s'essaie à l'opposition face à toute pression environnementale ; il jubile de découvrir qu'il peut, lui aussi, poser une barrière entre lui et l'Autre.

 

Ainsi de Non en Non, de refus en rejet, nous allons aboutir à l'aspect "paradoxal" de l'adulte qui, le plus fréquemment, aura tendance à s'opposer à toute suggestion directe. "Plus on me pousse, plus je freine ; même si ce que l'on me dit est intéressant et utile pour moi !" On voit ce mécanisme, amplifié, chez certains individus dotés d'un style "caractériel" consistant à toujours prendre systématiquement le contrepied de ce qui est dit ou proposé. Cette attitude signifie la secrète insécurité des espaces internes, chez ce genre de personne qui tient ainsi à se protéger.

 

 

RESUME        

 

L'individu se différencie peu à peu de son environnement par l'établissement de frontières, intérieures et extérieures, qui lui permettent de se structurer.

 

L'empreinte lui donne son ticket d'entrée dans l'espèce humaine. Puis les diverses étapes où il utilise la force du Non pour s'opposer, lui permettent d'établir peu à peu sa propre individualité.

 

Cette structuration suppose, revers de la médaille, de se limiter de plus en plus et de se sentir séparé.

 

Toutes les approches théoriques sont d'accord sur cette évolution, mais les avis divergent un peu quant aux âges où cela se joue.

 

 

 

2)   Schémas des frontières emboîtées

  

On pourrait schématiser ainsi les espaces internes et externes, et leur délimitation

 

 


 

1)   Fonctionnalité des frontières

 

 

Pour que ces frontières soient fonctionnelles, il faut qu'elles aient la particularité d'être semi-poreuses, osmotiques pourrait-on dire. Osmose : passage de l'eau, des ions, et des molécules à travers les membranes semi-perméables qui séparent deux solutions d'inégale concentration.

 

Ainsi chaque zone, dans les schémas précédents, peut influencer les niveaux voisins au rythme de l'osmose, c'est à dire grâce à un lent franchissement de la barrière. Ceci explique le fait que tout changement soit, en général, progressif. Une modification trop volontariste (je décide de maigrir, et je perds 5 kgs) est fréquemment contrebalancée par un recul compensatoire (je reprends 3 kgs).

 

La marche humaine se présente habituellement comme une succession de progression/ régression : 3 pas en avant, 2 pas en arrière. Ce processus est dénommé la "résistance au changement". Cependant on pourrait voir ceci d'un œil différent, et comprendre qu'il s'agit plutôt d'une nécessité fonctionnelle. Car les transformations issues d'une progression quasi insensible, celles qui sont dûes à cette lente évolution osmotique dont nous parlions, ne nécessitent pas de freins compensatoires. On se modifie alors sans même vraiment s'en rendre compte ; c'est seulement en se rappelant nos comportements antérieurs qu'on prend la mesure de l'ampleur du chemin parcouru. Les psychothérapies efficaces permettent ce type de transformation, pas forcément spectaculaire, mais pourtant très réelle.

 

Il arrive cependant qu'un changement rapide puisse survenir, dans le cas où la frontière est crevée (par un événement traumatique qui a débordé les capacités habituelles du sujet), ou bien par le recours à ce que nous avons qualifié, un peu plus loin, de passe-frontières.

  

Très intéressant à constater : une barrière dysfonctionnelle (c'est à dire trop imperméable ou trop poreuse) entraîne le défaut complémentaire dans une autre démarcation proche. Exemple : un couple qui serait trop centré sur les enfants et se laisserait envahir par eux (limite trop poreuse entre le couple et les enfants) pourra s'accompagner d'une trop grande imperméabilité d'une des deux frontières annexes : une famille nucléaire trop coupée des familles d'origine, ou / et chacun des deux individus du couple plutôt replié sur soi, avec des contacts peu satisfaisants entre les deux membres du couple (ex. problèmes sexuels)

  

En nous appuyant sur cette grille de lecture, simple et pertinente, nous pourrions retrouver un très grand nombre d'expressions pathologiques. Cherchez quelle est la frontière dysfonctionnelle, avec ce qu'elle induit dans une autre limite proche, et vous trouverez maints exemples de troubles. Cette grille d'analyse peut même s'appliquer à des secteurs plus larges (frontières nationales, ou européennes, accords de Chengen, etc). Nous invitons chacun de vous à se faire son idée et ses recherches à l'aide des schémas indiqués, et grâce à ce mode de compréhension.

 

 

On pourra noter que certains types de psychothérapie s'adressent plus spécifiquement à tel secteur : la psychanalyse travaille spécialement autour des deux marges du Pré-Conscient ; la thérapie conjugale sur les franges concernant l'individu et le couple ; la thérapie familiale avec les frontières entre couple et famille élargie, etc. Chaque genre de thérapie peut parfaitement s'honorer de résultats importants. Il me semble assez ridicule que chacune prétende être "la meilleure". Ou du moins est-elle en effet optimale, mais à l'intérieur de sa propre zone. Et la tâche du patient (ou du psychologue lors de la première séance) sera avant tout de déterminer quels filtres osmotiques doivent redevenir fonctionnels, et donc quel type de thérapie sera souhaitable.

 

Mais comment s'est donc instaurée la bonne fonctionnalité, essentielle pour notre équilibre, de ces diverses frontières ?   En grande partie par le respect de deux points primordiaux dans notre environnement éducatif : la bonne distance, et le bon rythme.

 

Le symbole même de la mauvaise distance, qui va empêcher un développement psycho-social harmonieux, est celui de l'abus sexuel. Ce mélange entre sexualité adulte et libido infantile, cet envahissement de l'espace psychique et corporel de l'enfant, laisse des trous dans certaines frontières (compensés par des rigidifications d'autres) sources de multiples troubles ultérieurs. Mais sans aller jusqu'à quelque chose d'aussi grave, le seul envahissement de l'enfant par l'adulte, ou vice versa, peut préparer de lourdes conséquences. C'est ainsi que l'enfant trop couvé ou / et ne pouvant pas disposer d'un espace privé suffisant, présentera des difficultés.

 

Un exemple de mauvais rythme pourrait se voir dans le désir parental de faire avancer l'enfant dans ses études sans respect pour son propre mouvement. Il m'est arrivé fréquemment, par exemple, de voir en consultation un enfant très avancé scolairement et très immature affectivement.

 

Mais, bien sûr, tout cela se joue d'abord, et fondamentalement, à un niveau beaucoup plus primaire : rythme pour nourrir le bébé ; respect ou non de ce dont il a besoin ; capacité de l'adulte à sentir suffisamment (empathie) ce que vit son enfant. Il nous faut bien reconnaître que toutes ces expériences précoces vont faire le lit de ce que deviendra plus tard le psychisme de chacun d'entre nous.

 

 

 

RESUME

 

Les frontières sont fonctionnelles lorsqu'elles ne sont ni trop imperméables ni trop poreuses. Toute difficulté psycho-relationnelle peut se décoder à travers une compréhension de la dysfonctionnalité des limites séparant les diverses zones. 

 

La fonctionnalité de ces frontières s'établit grâce aux expériences fréquentes et prolongées d'une "bonne distance" et d'un "bon rythme", tant de soi-même avec soi, que de soi-même avec autrui.

 

 

 

 

 

2)   Les passe-frontières

 

Or voici quelque chose qui va nous donner à réfléchir : nous disposons de passe-frontières, dont la caractéristique est de rendre celles-ci poreuses, ce qui favorise, par conséquent, la circulation rapide entre les niveaux, et donc le changement.

 

Il s'agit de : l'image, l'émotion, et l'altération corporelle.

 

 

A.  L'image

 

Les images mentales puisent leurs racines dans une pensée primitive d'avant le langage. L'infans, c'est à dire l'enfant d'avant le langage, dispose d'une pensée par images (qu'on peut supposer présente chez les animaux).

 

Avant que l'infans ait appris à mettre en mots, il commence par contenir ses vécus "innommables" dans des images et des fantasmes qui mettent en scène symboliquement son ressenti. Cette mise en forme permet une première distanciation, et un début de contrôle par l'enfant sur les sensations, sentiments, éprouvés divers, trop affolants tant qu'ils ne sont pas maîtrisés. Ainsi se constituent les débuts de "l'appareil à penser" de l'individu.

 

Les images ont donc un pouvoir particulier puisqu'elles prennent leur source dans le psychisme le plus ancien, et traversent celui-ci jusqu'au niveau le plus élaboré. Telle un iceberg, l'image émergée, avec laquelle nous jouons consciemment, pousse en fait des racines invisibles jusqu'aux niveaux les plus inconscients de notre être. Par conséquent elle est susceptible d'effectuer le lien entre les divers étages qu'elle traverse.

 

Ceci explique l'importance que donnent les psychanalystes aux rêves, mais aussi aux fantasmes, et aux productions imagées diverses. Le type de cure psychanalytique qui utilise le Rêve Eveillé en séance a particulièrement saisi l'intérêt de tout ceci (GIREP).

 

Les grands symboles nous touchent à des niveaux beaucoup plus profonds que nous ne le croyons, et nous relient ainsi à toute l'humanité, même la plus antique. Si les civilisations très anciennes n'ont rien à nous apprendre dans les domaines technico-scientifiques, elles nous parlent cependant directement, et d'une façon tout à fait contemporaine, à travers leurs écrits mythologiques, philosophiques, religieux, et plus spécifiquement grâce aux grands symboles (images ou scènes fortes ayant des implications à tous les niveaux de notre psychisme).

 

 

 

B.  L'émotion

L'émotion est une force, une richesse énergétique, mais aussi un danger car cette puissance peut crever certaines frontières. Cette énergie peut nous aider à réaliser certaines actions ; ou bien nous bouleverser et nous troubler. Il est fondamental d'apprendre à gérer ces affects, au même titre qu'il nous serait nécessaire d'apprendre à chevaucher un puissant cheval, capable de nous emmener très loin ou de nous tuer en nous éjectant violemment.

 

Quoiqu'il en soit le vécu émotionnel amène une pression interne, qui favorise une plus grande circulation entre les niveaux, et rend poreuses les frontières (pour un temps provisoire).

 

De ce fait, toute approche thérapeutique qui souhaite favoriser le changement doit fonctionner avec l'aide d'un certain degré émotionnel. Constatons aussi l'impact de l'émotion dans d'autres domaines. Une conférence, par exemple, ne passe bien que lorsque son contenu se trouve porté par des images et des ressentis. On pense aussi aux études de FREUD et de LEBON sur la psychologie des foules. Tout groupe fonctionne comme un haut-parleur émotionnel. Ceci veut dire qu'une multitude va susciter des émois forts, aisément ressentis chez chacun des individus qui la constituent. On a appelé cela la "contagion émotionnelle". Le vécu groupal focalise les émotions et augmente la perméabilité des frontières. Pris dans une foule, chacun sera parcouru de sentiments beaucoup plus forts que ce qu'il aurait ressenti individuellement. Il suffit de penser à tous les regroupements sociaux que nous connaissons : réunions sportives, meeting politiques, rassemblements religieux, public de théâtre, etc.  Et de constater que dans tous ces exemples l'exaltation des émois constitue la norme habituelle.

 

On a pu dire que plus le groupe est important plus la fluctuation émotionnelle devient possible, et plus le niveau intellectuel des personnes qui le composent s'abaisse (un orateur s'adressant à une foule doit employer des termes très simples et des formules chocs, quelles que soient les capacités cérébrales des personnes présentes).

 

 

 

C. L'altération corporelle

 

Depuis l'aube de l'humanité on sait qu'en altérant le fonctionnement du corps on change la circulation entre les niveaux. L'homme alcoolisé ou la personne ayant pris des drogues diverses présentera un comportement significativement différent, et pourra alors plus facilement être poussé dans telle ou telle direction.

 

Nous nous appliquons à altérer nous-mêmes nos propres frontières. L'orgasme permet un flou des limites entre moi et l'autre ; certains dépassements sportifs débouchent sur des sentiments extatiques, etc.

 

Les travaux effectués à propos des conditions permettant le lavage de cerveau soulignent la fonction de l'altération physique : à côté de la dépendance, il suffit de susciter beaucoup de fatigue. Chacun sait qu'avec un manque de sommeil suffisamment important, ou simplement une absence de boisson, on perd rapidement son sentiment d'unité ; les frontières internes et externes se brouillent, on ne sait plus trop bien où l'on en est, on peut même quasiment délirer. Tout ceci nous fait entrevoir à quel point notre stabilité identitaire est facilement bouleversée. Un déficit de certains ingrédients, et nous voilà perdus. C'est sans doute pour cela que nous sommes si attentifs, journellement, à reconstruire constamment tous les signes qui garantissent notre identité.     

 

 

 

D. L'appétence pour ces passe-frontières

 

Mais alors pourquoi donc, de tous temps, l'humanité s'est-elle employée à chercher ce qui pouvait lui permettre de perforer ces frontières ?

 

  • L'alcool et la drogue, si employés, sous tous les cieux et dans toutes les cultures
  • Les grands rassemblements (religieux, sportifs, politiques) qu'on retrouve partout également
  • La recherche de transe, la danse (les rave-party combinent groupe + musique + drogue + altération corporelle)
  • La recherche mystique, ou chamanique, pour perdre la forme humaine, se sentir relié à tout, et par là susceptible d'accéder à un savoir sur-humain.
  • L'excitation sexuelle qui, à partir d'un certain niveau, dissout les barrières

 

 

En somme, et pour résumer, la première tâche de l'être humain est de s'employer à structurer, différencier, circonscrire, établir des limites. Et en contrepoint son action ultérieure semble vouloir rechercher coûte que coûte la déstructuration, la dédifférenciation, la bienheureuse fusion, etc. 

 

Tout ceci signifierait-il que les frontières de l'individu, nécessaires pour qu'il s'extraie du magma initial (et donc de "la folie"), lui paraîtraient ensuite une sorte de prison dont il s'agit de s'évader. Ouvert à tous les possibles, libre, l'être humain prend peur et aspire à une restriction rassurante (des habitudes, des lieux, des croyances établies, etc). Et dès qu'il est ainsi structuré il se sent emprisonné dans sa vie et dans sa peau, et il désire se libérer.

 

Ce rythme binaire colore nos vies : Structure / Liberté ; Changement / Maintien de ce qui est en place. Nous sommes comme le balancier de l'horloge, allant d'un extrême jusqu'au pôle opposé, pendant que s'écoule notre temps.

 

En conclusion de cette partie, on peut observer que les dictateurs (et pas seulement eux) ont toujours su utiliser à leur profit ces passe-frontières.

 

Pensons aux meetings d'HITLER combinant tous ces éléments :

  • Les grands rassemblements de foule
  • La durée, induisant la fatigue
  • La montée progressive vers un niveau émotionnel de plus en plus fort (il commençait son discours sur un mode relativement neutre et montait par paliers jusqu'au déchaînement de haine)

 

Tout ceci conduisait chacun des individus présents à être pénétré plus profondément qu'il ne le croyait.

 

Evoquons aussi, sur un mode bien moins dramatique, la publicité, qui s'efforce d'utiliser à son profit le recours aux images, aux symboles, et de créer un choc émotionnel, renforcé si possible par l'identification à une figure emblématique.

 

Nous pouvons retenir que, plus spécialement en groupe, nous sommes beaucoup plus perméables que nous ne le pensons. D'une part les "vérités" des groupes de référence auxquels nous appartenons (couple, famille, clan, associations) s'imposent à nous sans que nous en prenions conscience. D'autre part ce que nous donnons à voir aux autres va plus loin que nous ne l'imaginons : à travers notre corps, nos vêtements, notre attitude, tout un chacun du groupe "sait" qui nous sommes par delà notre masque. En fait, face à un groupe, la façon la plus économique de nous situer sera d'être tout simplement nous-même.

 

Pour terminer je dirais que deux délimitations se révèlent absolument décisives dans notre équilibre : celle qui sépare le fantasme et la réalité, et celle qui sépare notre OUI et notre NON.

 

 

 

 

RESUME

 

Trois éléments permettent de rendre les frontières plus poreuses et donc de favoriser le changement. Il s'agit de :

 

- L'image (le fantasme, les symboles)

 

- L'émotion, particulièrement favorisée par le phénomène de groupe qui amène une possibilité de contagion émotionnelle

 

- L'altération corporelle

 

Il semble que l'être humain ait un besoin égal, et alterné, de frontières solides et rassurantes, et de recours libérateur aux passe-frontières.

 

Le risque d'être manipulé par d'habiles utilisateurs de ces passe-frontières est incontestable.

 

 

 

En conclusion

 

PASCAL avait évoqué le sentiment troublant issu du constat que nous sommes à la jonction de deux infinis : l'infiniment grand des mondes astronomiques et l'infiniment petit du microscopique qui nous constitue. On pourrait le paraphraser et dire que notre sentiment d'individualité consciente est immergé entre deux espaces qui le débordent très largement. Cf. le schéma ci-contre.

 

Dans ce dessin, on peut aussi constater que, de frontière osmotique en frontière osmotique, chaque individu est finalement relié à tout.

 

Relié par le fond à toute l'humanité passée (Ics Collectif), et sans doute également à la phylogenèse de notre espèce ; peut-être même à toute Vie si on imagine d'autres emboîtements inconnus.

 

Relié par le haut à toutes les sociétés existantes, et pour finir à toute l'humanité qui peuple actuellement la Terre.

 

Il semble que la prise de conscience de ce fait pourrait amener des comportements différents, marqués au coin d'une maturité, et d'une hauteur de vue libératrice.

 

 

 

 

QUELQUES  CONSEILS

 

Pour clore ce chapitre, nous allons vous proposer deux pratiques à expérimenter.

 

 

1)    Mon ami l'arbre 

 

Ne vous laissez pas rebuter par l’aspect inhabituel ou bizarre de cet exercice. En fait il utilise quelques passe-frontières (l'image, l'émotion) dans le but de rendre plus ample votre espace interne, et de faciliter le recours à votre intuition.

 

  • Après vous être mis dans une disposition d'esprit réceptif, allez vous promener dans la nature

 

  • Sans trop "penser", choisissez (ou, encore mieux, laissez vous choisir par) un arbre qui vous attire

 

  • Mettez-vous près de lui, adossez-vous à lui, ou serrez le dans vos bras. Laissez-vous imprégner de sa présence, de ce qui émane de lui

 

  • Proposez-lui de conclure entre vous un pacte d'amitié. Il sera votre ami et vous diffusera sa sagesse ; vous serez son ami, viendrez le voir de temps à autre, et lui transmettrez votre affection

 

  • Demandez-lui de vous communiquer quelque chose d'important pour vous, qu'il va puiser dans son vécu et sa propre sagesse. Faites silence intérieurement. Ecoutez la réponse, comme si elle vous venait vraiment de l'extérieur. Prenez le temps de la recevoir et de la méditer, même si elle vous surprend

 

  • Ne faites pas trop de conversation. Limitez-vous à des échanges importants et /ou émotionnels. Remerciez l'arbre, assurez-le de votre amitié, dites-lui que vous reviendrez le voir

 

  • Retournez auprès de lui aussi souvent que vous en sentirez le besoin. Allez lui confier ce que vous vivez, comme vous le feriez avec un ami très cher et très compréhensif. Ecoutez et méditez ses réponses. Donnez lui votre amour et votre gratitude.

 

 

2)    La danse des 5 rythmes 

 

Gabrielle ROTH, américaine, "chamane des villes", a établi une danse en cinq rythmes différents et successifs. Le tout vous fera danser environ une demi-heure. Voici comment elle les décrit brièvement :

 

« Le rythme fluide, circulaire, ressemble un peu au Taï Chi ou donne l’impression qu’on se déplace dans du miel : il est lent, élégant, coulant et doux. Les gestes secs, définis et syncopés, du rythme saccadé font un peu penser au Karaté. Le défoulement carnavalesque du chaos évoque les danses tribales sauvages où le mental est mis à l’index. Le rythme lyrique renvoie à quelque chose de léger, d’éthéré, à une danse qui s’envole. Enfin, le dernier mouvement est comme une dialectique entre le mouvement et la stase ; c’est un calme dynamique. » 

 

Comprenons bien : il ne s’agit pas de danser suivant une forme particulière. Inutile d’apprendre des pas ou quoi que ce soit de ce style. Il suffit de se laisser porter par l’énergie de la musique et de découvrir alors une extraordinaire vitalité qui monte du fond de soi. Vous pouvez donc vous y consacrer tout de suite, par vous-même, en achetant un de ses disques, par exemple BONES, ou bien TRIBE (A commander aux Editions du Souffle d’Or, ainsi que son livre « Les Voies de l’extase »)

 

Réservez-vous trois quarts d'heure où vous ne serez pas dérangé et où vous pourrez : 1) mettre la musique à très haut volume, 2) danser dans un espace suffisant, vous permettant de tournoyer librement

 

Dansez durant la demi-heure prévue sur le CD audio. Restez ensuite allongé silencieusement durant environ 10 minutes à un quart d'heure.

 

 

Cette "altération corporelle" (ne vous ménagez pas  durant la danse) va vous permettre de réveiller des forces vitales, des énergies puissantes qui existent en vous mais qui sont sous-employées ou qui sont retournées contre vous-même. Or cette danse vous permettra de les retrouver et de les mettre au service de votre vie.